L'archipel des Glénan raconté par des auteurs

L'archipel des Glénan par Villiers du Terrage
Association Bretonne


Le varech

Page précédentePage suivante

Le goémon, ou varech, est une source de richesse pour les habitants, soit qu'ils l'emploient directement comme engrais, après l'avoir mis en tas assez longtemps pour laisser égoutter l'eau de mer, soit, qu'eu vue de la production de la soude, ils fassent brûler ces plantes dans des fosses en pierres, soigneusement dallées. Le grand nombre de ces fosses, que l'on ,rencontre en ruines dans les îles, indique combien cette industrie s'était développée. Au moment de la saison on voit encore arriver aux Glénans des récolteurs et brûleurs de goémon. Les résidus du travail de la soude dans les usines sont très appréciés comme engrais,

L'abondance et la richesse de ces cendres avaient déjà, au XVIIIe siècle, attiré l'attention des étrangers, et, en 1784, une compagnie de négociants, chargés de fournir la soude destinée aux manufactures royales de verreries de Rouen, installa des ouvriers aux Glénans pour récolter le goémon et fabriquer la soude, et elle traita avec le sieur Cathala, négociant à Concarneau, pour fournir aux ouvriers ce qui leur serait nécessaire, Bien que cette installation n'eût pas soulevé de réclamations, les Etats, saisis indirectement de la question, chargèrent le comte de la Bourdonnaye de Boishulin, procureur général, syndic des Etats, " d'établir par des faits positifs le tort que cet enlèvement de goémon, pouvait faire aux cultivateurs " M. de la Bourdonnaye, dans sa réponse du 10 avril 1784, ne conteste pas la grande utilité des cendres de goémon, et leur importance pour les cultivateurs des environs de Concarneau, mais il constate en même temps qu'ils ne peuvent consommer tous les goémons de la côte, et qu'ils ne se plaignent pas de l’enlèvement fait aux, Glénans, où n'habite qu'une seule famille. " Il n'en serait pas de mème, dit-il, si les étrangers, avec leur chasse-marée, allaient détacher le goémon sur les côtes, mais le fait n'est pas établi. " Aussi M. de la Bourdonnaye ne voit aucun inconvénient à laisser récolter le goémon aux îles des Glénans.

Les habitants de la paroisse de Fouesnant auraient seuls pu réclamer, Ils ne l'avaient pas fait, et l'origine de cette affaire se trouve donc très probablement dans les discussions du sieur Cathala avec la ferme des Devoirs de Concarneau, qui se trouvent exposées dans une très longue et curieuse lettre adressée aux Ètats, Cette lettre, véritable mémoire écrit dans le style emphatique du temps, a pour objet de faire donner l'ordre aux receveurs des Devoirs d'accepter la déclaration de transport aux Glénans de deux barriques de cidre destinées à la consommation de " vingt ouvriers Normands (les archives d'Ille-et-Vilaine ne donnent aucun renseignement sur la suite donnée à ces deux affaires, dont les dossiers me sont connus grâce à l’obligeance de M. l’archiviste Lesort.). "

Le loc'h : La cheminée de l'usine à soudeL'exploitation du goémon se continua, comme par le passé, pendant la première partie du XIXe siècle, et c'est seulement après que les Glénans eurent deux fois changé de maître, que le nouveau propriétaire, en vue des avantages qui pouvait résulter de la vente des sous-produits, autorisa la construction sur ses terrains d'une usine pour la fabrication industrielle de la soude. Le concessionnaire s’installa dans l'île du Loc'h, à proximité des plages ou le goémon est le plus abondant et où il devait être plus facile de l'employer à l'état de goémon vert, c'est-à-dire, au moment où il vient d'être coupé, et où sa teneur en iode est la plus forte. Pendant les premières années, les bénéfices réalisés furent considérables, mais, quand, par suite de la généralisation d'un nouveau procédé pour la production de la soude, le prix s'avilit des deux tiers, l'usine dut cesser son exploitation ; les bâtiments abandonnés tombèrent en ruines; et ces ruines elles-mêmes auront bientôt disparu, à l'exception d’une cheminée conservée pour son utilité comme amer.

Ce même industriel, locataire de tout l'archipel, construisit les fermes dont j'ai déjà parlé, ainsi que le vivier qui à ses débuts, m’a-t-on assuré, avait contenu pour près de 80.000 francs de crustacés et de poissons. La difficulté n'était pas d’approvisionner le vivier, mais d'en écouler avantageusement le contenu.

[ Fouesnant - Glénan - Agenda ]
[
Léost Informatique ]
[
Sommaire - Aide ]

© LÉOST Informatique


Pour plus d'infos sur :