LE PARDON DE NOTRE DAME DES ILES Par Jean Puloc'h
Pays de Quimperspécial Glénan

Le 3 septembre 1989 vers 10 heures, la vedette "Perle de Beg-Meil", après avoir hissé le grand pavois et à grand renfort de sirène, appareillait de la cale beg-meilloise à destination de Saint Nicolas de Glénan. A son bord, Monsieur I'Abbé Louis Bideau, curé de la paroisse de Fouesnant, accueillait les pèlerins qui se rendaient aux Glénan pour célébrer le pardon de Notre Dame des Iles.

Institué en 1874 par Monsieur l'Abbé Yves Le Guen, deuxième recteur de la toute nouvelle paroisse de Glénan, le pardon se déroulait en ce temps tous les premiers dimanches du mois d'août. Il rassemblait sur l'île du Loc'h, lieu où se trouvait l'église, les habitants de l'archipel ainsi que quelques marins pêcheurs habitués des lieux. Le bulletin "Feiz ha Breiz", dont nous reproduisons ci-dessous un extrait, nous apprend qu'en l'an 1877, quinze bateaux participaient au pardon et que cette année-là, eu égard aux horaires des marées, les vêpres étaient chantées à midi. Comme toujours, dans les îles, la mer participait à l'événement et dans le cas présent imposait l'horaire du dernier office.

Le dernier recteur, Monsieur Jean Noël Thymeur, quittera l'archipel en 1883 et depuis ce moment, le pardon de Notre Dame des Iles ne sera plus célébré. La défunte paroisse de Glénan, qui aura vécu administrativement durant 21 ans mais n'aura en réalité été desservie par un recteur que durant 12 ans, sera réintégrée à celle de Fouesnant, son berceau d'origine. La diminution de la population sédentaire sur les îles, alliée aux coups de boutoirs des tempêtes contre la frêle église de bois, avait eu raison de l'existence de cette nouvelle paroisse qui ne vit le jour que grâce à la volonté et à l'obstination de M. l'Abbé du Marhallac'h son premier recteur.

Renouveau du pardon

Mais, à la fin de la deuxième guerre mondiale, le développement des activités sportives et de loisirs, fait converger vers l'archipel grand nombre de vacanciers. A défaut, pour des raisons de personnel et matérielles, de pouvoir célébrer l'office divin aux Glénan tous les dimanches, Monsieur l'Abbé Bideau, curé de Fouesnant, estima cependant qu'il était indispensable de marquer la présence de l'église sur ces terres.

Avec l'autorisation de Monseigneur l'Evêque de Quimper et l'accord de la municipalité (indispensable pour le règlement des problèmes matériels), un nouveau pardon de Notre Dame des Iles est institué. Il sera célébré tous les premiers dimanches du mois de septembre.

La municipalité mettra à disposition du clergé ainsi que des membres de la chorale une vedette qui, accueillant également les pèlerins, partira de Beg-Meil pour Saint-Nicolas. Comme il n'existe plus d'église, la messe sera célébrée en plein air dans l'enclos de la propriété de Nautisme en Finistère (N.E.F.). Et c'est ainsi que le 3 septembre 1989, plus de deux cents pèlerins, en provenance de Fouesnant, Bénodet, Concarneau et Loctudy, arrivaient à Saint-Nicolas. Toutes les vedettes de transport de passagers ainsi que les bateaux des particuliers arborent le grand pavois. L'autel est dressé par Marcel Chaffron, l'un des rares résidents permanents de Saint-Nicolas.

Après la grand-messe chantée à 11 h15, la procession quitte le lieu de culte pour venir sur la cale où une gerbe est jetée à l'eau en souvenir des péris en mer. Vers 13 heures, après l'angélus, les pardonneurs se dispersent sur l'île, les retours sur le continent s'échelonnant entre 16h30 et 17h30.

Le groupe "Kerbader" (de Fouesnant) anime la fête profane durant l'après-midi. On remarquera particulièrement l'énergie de Yvon Berthelom et de Corentin Le Douce qui, à l'aide de leurs accordéons, font chanter les clients de Jean Castric et de Christian Marchadour.

Extension du pardon

En 1990, la cérémonie aura le même aspect que celui de l'année précédente. Cependant, à partir de 1991, pour renouer avec la procession marine instituée aux Glénan lors de la fête-Dieu, le clergé et les pèlerins s'embarquent sur les bateaux à quai pour aller en mer, dans la chambre, bénir la gerbe dédiée aux péris en mer.

Le "Corto des Glénan" du Centre International de Plongée (C.I.P.) puis "L'archipel" du Centre Nautique des Glénan (C.N.G.) sont mis à disposition de l'organisation par les directions des associations. Le clergé ainsi que les porteurs d'enseigne et la chorale embarquent sur les bateaux tandis que les pardonneurs trouvent place à bord d'autres embarcations qui suivent la procession marine. Désireux de mieux faire représenter le pays bigouden lors de ces cérémonies, Marcel Chaffron fera venir en 1991 le bagad bigouden qui, en plus de jouer quelques cantiques bretons lors de la cérémonie religieuse, animera la fête profane durant l'après-midi. En 1992, à la demande de Christian Marchadour, le bagad de Concarneau se rendra sur place et participera au pardon de la même façon.

Après quatre années d'existence, le nouveau pardon des Glénan semble avoir pris son régime de croisière et entre à nouveau dans la tradition. Plus de trois cents pèlerins se déplacent pour venir honorer Notre Dame des Iles et gageons que cet office, placé sous la protection de la Vierge Marie et célébré dans le merveilleux et incomparable site de Glénan, prendra une ampleur certaine.

Feiz Ha Breiz du 18 août 1877

PARDOUN GLENAN AR 3 A VIZ EOST

Eur pardoun var zouar a zo caer, mez var eo deg guech caeroc'h c'hoaz. E creiz ar mor braz, var dro pemp leo dioc'h Penmarc'h, Benodet, Conk-Kerne, ez enz eun takad enezennou hanvet enezennou Glenan. Er c'hrez-deiz d'an enezennou-ze e man enezen ar Stank (l'Etang). En hounnez e man iliz Glenan, eun iliz coad.

Dudiuz oa, ar zul kenta a eost, guelet eur pemzek bag benag o reuga ar mor evit dont d'ar japelik-se, ho goueliou en avel, hag ho favillounou e flippata e beg ar vern.

Erruet var hed eur c'hard leo diouz an iliz an oll belerined a stouaz ho fenn: ar vartoloded a dennaz ho zokou hag a lavaraz a eur vouez : Ave, Maria.

E guirionez, Imach ar verc'hez Vari, a zo var beg an tour, ha den a vor ebet ne dremen heb saludi he Vam zantel.

Da zec heur e coummansaz an ofern-bred. An oll belerined a rea lutrin, ar goazed d'ioc'h eun tu, ar merc'hed dioc'h an tu all. Cana reant, cana reant coulz ha merc'hed Landivisiau, ar pez a zo lavaret calz, Bennoz Doue d'ezho oll, ha grass d'ezho da c'hellout dizrei er bloaz a zeu.

Ar gousperou a oue canet da grez-deiz evit lezel ar belerined da zizrei gant ar mare. Ar prosession a oue great var an teven tro var dro d'an iliz ha pephini varlerc'h benedicsion ar Zacramant a reaz he beden hag he offranz da Introun-Varia-an-Enezennou, en eul lavaret :

Kenavo ar bloaz a zeu !

Traduction du texte breton

LE PARDON DE GLENAN DU 3 AOUT 1877 (1)

Un pardon sur terre est très apprécié mais en mer il est dix fois plus plaisant. Au milieu de la grande mer, à cinq lieues de Penmarc'h, Bénodet et Concarneau se situe un ensemble d'îles appelées Iles de Glénan. Au sud de celles-ci se trouve l'île de l'Etang (île du Loc'h). C'est la que se dresse l'église de Glénan. Une bâtisse en bois.

C'est très beau de voir, le premier dimanche du mois d'août, quinze bateaux fendant la mer pour se rendre à cette chapelle, toutes voiles au vent, pavillons flottant en tête de mat.

Lorsqu'ils arrivent à proximité de l'église, les pèlerins inclinent la tête, les marins enlèvent leur chapeau et entonnent à pleine voix l'Ave Maria.

En vérité, la statue de la vierge Marie se trouve en haut de la tour de l'église et personne ne s'aviserait de passer sans saluer la sainte vierge.

A dix heures commence la grand-messe. Les pardonneurs disposés pour le chant, les hommes d'un côté, les femmes de l'autre, chantent. Ils chantent aussi bien que les femmes de Landivisiau, ce qui n'est pas peu dire. Ils demandent que Dieu leur donne sa bénédiction et la grâce de pouvoir revenir l'an prochain.

Les vêpres sont chantées à midi pour permettre aux pèlerins de repartir avec la marrée. La procession est faite sur la dune autour de l'église et tous, après la bénédiction du Saint Sacrement, font une dernière prière et une offrande à Notre Dame des Iles en disant Kenavo et à l'année prochaine.

(1) : Extrait de la revue "Feiz ha Breiz" du 18 août 1877 mis à notre disposition par Monsieur le Chanoine J.L. Le Floc'h de l'Evêché de Quimper.

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