AU PHARE DE PENFRET : La fin d'une époque. Par Jean Puloc'h
Pays de Quimperspécial Glénan

Dès 1745, les marins naviguant dans les parages de Glénan, avaient exprimé le souhait, pour bénéficier d'une meilleure sécurité, qu'un phare soit allumé sur l'archipel.

Les décisions, tant de construction que de financement d'un tel ouvrage étant du ressort des terriens, il faudra attendre le 1er octobre 1838, soit 93 ans plus tard, pour que la première lampe s'allume sur le tout nouveau phare de Penfret.

Haute de 24 mètres 25 au-dessus du sol et de 38 mètres 25 au-dessus des hautes mers de vives eaux, la tour, qui surplombe le logement des gardiens, porte en son sommet la lentille qui permet de réguler les éclats de lumière provenant d'une lampe à pétrole. La portée du feu est de 5 lieues marines par beau temps. Il émet des éclats blancs de 8 à 10 secondes toutes les 4 minutes.

En 1899 après une première modification, la lampe à pétrole sera remplacée par un dispositif à vapeur de pétrole, et au même moment, le rythme et la coloration du feu seront également modifiés. Le nouveau feu sera rouge, rythmé à un éclat toutes les 5 secondes. Et aujourd'hui, il en est toujours ainsi. La modification suivante consistera à remplacer le pétrole par le gaz propane. Ce type d'alimentation sera en service de 1937 à 1951. A partir de ce moment, la fée électricité produite par deux groupes électrogènes et une éolienne, chassera le gaz. Depuis 1992, le soleil a été mis à contribution par l'installation de panneaux de cellules photovoltaïques.

Les réalisations de 1992 ont consisté, en réalité à préparer la station à l'automatisation. Ces travaux consistent en :

Mais, qui dit automatisation dit, tôt ou tard, disparition des gardiens. L'entretien et les réparations sont alors effectuées par le Centre d'Entretien et d'Intervention (C.E.I.) de Concarneau. Techniquement, le système installé doit parer à toutes pannes pouvant survenir, les techniciens du C.E.I. intervenant dès que possible pour la remise en ordre de marche du matériel défaillant. Toujours est-il que le 30 avril 1993, les gardiens du phare de Penfret quittaient une dernière fois leur poste pour rejoindre justement le Centre d'Entretien et d'Intervention de Concarneau, leur nouvelle affectation.

Tous les médias de la région étaient présents : FR3 - RBO - Le Progrès de Cornouaille - Ouest France et Le Télégramme. M. Gueguen, Ingénieur T.P.E., Chef de la Subdivision de la DDE à Concarneau, s'était déplacé, accompagné de MM. Le Fouest, Chef de Section T.P.E., Adjoint au Chef de la Subdivision et Chamiot, contrôleur T.P.E.

L'équipage du célèbre bateau de liaison Henri Cevaer, accompagné de collègues, anciens gardiens de phares, étaient la pour aider au transport du matériel bien sûr mais surtout pour réconforter leurs amis, MM.:

Jean-Claude Amaudru aura passé 12 ans à Penfret, Guy Cajan et Serge Coatmeur servaient aux Glénan depuis 8 ans. Trois membres de la Brigade de Surveillance Nautique (B.S.N.) de la Douane étaient là également pour un au revoir émouvant.

Beaucoup de tristesse et d'émotion se lisaient dans les yeux des trois gardiens au moment où M. Amaudru verrouilla une dernière fois la porte d'accès de la tour.

Si ces sentiments hantaient le cœur des fonctionnaires, une inquiétude certaine naissait dans l'esprit des navigateurs et notamment chez les marins pêcheurs qui affrontent la mer par tous les temps. Jusqu'à ce jour, ils savaient pouvoir compter sur la vigilance des gardiens qui, en cas de difficultés, auraient vite fait de déclencher les secours, voire le cas échéant, après naufrage, les auraient sauvés et réconfortés.

En effet, depuis le départ des sémaphoristes, les gardiens du phare, bénévolement et par pure solidarité avec les gens de mer, assuraient un service de vigie et leur œil exercé, allié à une parfaite connaissance des dangers créés par les nombreux récifs cachés à fleur d'eau, rassurait les navigateurs.

Lors de l'allocution prononcée à l'occasion de ce départ, l'adjoint au Maire chargé des îles, après avoir adressé ses remerciements et ses compliments tant à la DDE qu'au personnel, ne manqua pas d'attirer l'attention des personnalités présentes et des médias sur les conséquences de ce départ. En effet, depuis le 30 avril dernier, l'île de Penfret, après celle des Moutons, est déserte et le restera durant toutes les saisons hivernales ! Au moment où la mer est la plus dure.

A Penfret comme aux Moutons, automatisation est synonyme de déshumanisation ! Et c'est bien dommage.

Est-ce là le prix de la rançon que nous devons payer au progrès ?

Ce n'est pas le refuge de mer, installé par la commune de Fouesnant sur l'île aux Moutons, qui fera oublier le temps où un homme du haut de son phare veillait à la sécurité des marins

Jean Puloc'h

 

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