Le mystère de l’épave aux faïences par Bruno Jonin
Cap Cavalspécial Glénan

Si la pointe de Penmarc'h fut particulièrement fréquentée depuis des temps immémoriaux par les convois de navires, la zone des Glénan le fut également. Deux endroits redoutables et redoutés en raison de leurs dangereux hauts-fonds et de la houle permanente venant du large ayant vite fait de drosser les imprudents contre leurs étocs acérés.

De véritables cimetières de bateaux gisent ainsi autour de ces roches : une source d'exploration remarquable pour les plongeurs à la recherche d'épaves à découvrir. Parfois c'est la surprise quand, sous les laminaires, surgissent des vestiges multicentenaires attestant d'une dramatique histoire.

Ce fut le cas pour une équipe de plongeurs au cours de l'été 89, par 25 mètres de fond. Bruno Jonin, l'un des participants, vous invite à le suivre dans cette quête sur l'épave aux faïences qui semble poser aujourd'hui plus de questions qu'elle n'en résoud.

Les préparatifs de la fouille

Des passionnés d'épaves nous en rencontrons un peu partout sur nos côtes, mais une personnalité comme Bernard de Maisonneuve c'est déjà beaucoup plus rare. Lors de nos premières rencontres j'étais impressionné par le sérieux, la rigueur et la détermination avec lesquels il traitait son sujet. C'était en 1984 alors qu'il avait en chantier la fouille du Maidstone, un vaisseau de guerre anglais de 50 canons naufragé à Noirmoutier.

En 1988 Bernard de Maisonneuve, étant informé des différentes actions se déroulant sur les côtes de Bretagne et pensant que les Glénan devait être une zone privilégiée, prit contact avec Roger Weigèle directeur du C.I.P des Glénans. Par un après-midi de la fin de septembre, en compagnie de Jeff Tréhiou moniteur du centre de plongée, Bernard découvre avec admiration un champ de faïences extraordinairement étendu.

Jeff Tréhiou connaissait le gisement depuis une dizaine d'années, mais la plongée historique sous-marine n'est pas une discipline enseignée au C.I.P. et Jeff ne pouvait en aucun cas se charger de la fouille.

Roger Weigèle et Jeff Tréhiou ont vu passer tellement de passionnés d'épaves "non éclairés" aux Glénan qu'ils sont tout d'abord un peu réticents au projet de Bernard d'entreprendre une fouille. Son plan est simple: effectuer pendant une semaine, au courant de l'été 89 avec quelques plongeurs qu'il connaît bien, un sondage. Autrement dit une prospection et une évaluation du gisement.

Après avoir inventé l'épave aux Affaires Maritimes, Bernard demande une autorisation de sondage à la Direction de la Recherche Archéologique Sous-Marine à Marseille, organisme de tutelle. Pendant l'hiver, il prend contact avec des plongeurs et démarche pour obtenir des subventions. L'autorisation de sondage arrive début avril 89.

Plongée sur l'épave

Le 27 août nous sommes 10 plongeurs et 2 assistants à nous retrouver sur le quai de l'île Saint Nicolas. Le C.I.P nous héberge, nous restaure et nous gonfle les blocs de plongée. Au programme deux plongées par jour pendant 5 jours par moins 25 mètres. L'eau est relativement claire et le courant portera parfois jusqu'à 5 nœuds.

Les deux premiers jours nous allons évaluer l'étendue du gisement de faïences dispersées sur le fond. Nous allons ainsi délimiter une zone de 130 mètres sur 180 et nous découvrirons par endroit des dépôts particulièrement denses sur plus de 50 centimètres d'épaisseur.

Et les questions commencent à courir dans nos têtes alors que nous dévidons les bobines de câbles et que nous effectuons les relèvements. Comment cette cargaison a pu arriver jusque là ? Un bateau s'est-t-il échoué sur, la tête de roche qui se trouve à proximité ? D'où venait-il ? A quand cela remonte-t-il ?

Le travail terminé nous remontons vers la surface et nous cherchons le bateau de sécurité. Une fois à bord et après avoir partagé nos observations nous prenons la direction de Saint Nicolas. Nous réembarquons vers 15 heures pour une seconde plongée.

Le soir au retour de cette plongée nous nous retrouvons autour d'un pot et effectuons le compte-rendu de nos observations. A partir de là Bernard propose le travail pour le lendemain et nous formons les équipes. En général et pour raisons de sécurité, au delà de 20 mètres nous plongeons par deux. Pendant ce temps, il y a toujours une équipe sur les bateaux de surface. Le pneumatique est particulièrement pratique, qui permet les rotations et l'assistance aux plongeurs parfois fort éloignés du point O, lieu de mouillage du bateau-base.

Pendant toute cette semaine nous aurons profité d'un temps agréable. Quel plaisir en effet de pouvoir s'extirper de sa combinaison au sortir de l'eau et de rester en maillot de bain sur le pont du bateau à attendre des collègues ou tout simplement à se reposer pour récupérer des efforts sous-marins . Aux premiers jours une zone particulièrement dense a été repérée dans le sud. C'est là que sera effectué le prélèvement pour échantillonnage. Dans un espace mesurant un mètre carré, il sera prélevé plus de 28 kilos de tessons de faïences.

Les faïences

Après une étude menée par Jean-Claude Guerrier, vice-président du C.I.P, et Bernard de Maisonneuve, il apparaît que ces faïences dateraient de la fin du XVIIIe. Les marques apposées sur certaines pièces indiquent des signatures de potiers anglais de la région de Derby. Le directeur de l'une de ces fabriques de faïences, Mr Duesbury, fit des acquisitions de fabriques du Staffordshire (fabrique de William Litter, Fabrique de Bow ...). Il connut quelques difficultés en 1786, dues à un stock important, venant probablement du fond des anciennes fabriques d'une production étalée entre 1750 et 1786. Le gisement en question peut être un de ces fonds.

Les recherches complémentaires réalisées aux archives départementales du Finistère à Quimper ont mis en lumière un événement de mer le 7 mai 1787 aux Glénan : "un navire de 200 tx... le Washington, du port de Boston, allant à Lorient, chargé d'huile de morue, de tabac, de fanons de baleine et autres marchandises..." (Archives de l'Amirauté B 4397)

Le navire creva sa coque au sud des Bluiniers et perdit une partie de sa cargaison. Il fut ramené dans la Chambre. A aucun moment il n'est fait mention de faïences, il n'est pas trouvé dans les connaissements de trace de faïences. Le rapport évoquera seulement que"...la grande partie de la cargaison avait été enlevée par la mer et les pêcheurs".

Il est possible que cet événement de mer soit en relation avec le gisement de faïences et une ancre qui avait été relevée là il y a quelques années. Mais pour l'instant on ne peut l'affirmer. Il restera à trouver d'autres indices sur le site.

Ce sera la tâche à laquelle vont s'atteler Marc Floury et Denis Douillez en 1991. Une autre équipe travaillera en 1990 au sondage d'une épave de la fin du XVIIIe, découverte elle aussi par Bernard de Maisonneuve, plus à l'Est des Glénan et sur laquelle nous n'avons à ce jour que peu d'indices.

Les années 90 vont être particulièrement riches pour les premiers coups de palme de la plongée historique sous-marine aux Glénan.

Bruno Jonin

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