Jean Failler - Gens et choses de Bretagne
Coop Breizh (29540 Spezet) – 1996 – Extrait de la page 120

Les touristes

Comme les sardines, ils arrivent avec les beaux jours. Comme elles, ils s'en vont au premier souffle de l'automne. Autre analogie avec les clupéidés, ils s'entassent dans des boîtes en fer pour voyager et ils sont devenus une industrie a part entière.

Autrefois nos grands-mères guettaient avec anxiété l’arrivée des petits poissons. Leurs maris s'en allaient les pêcher, elles les mettaient en boite. Si la sardine était abondante, on gagnait en trois mois de quoi vivre toute l’année. Si elle faisait défaut, c’était la disette.

Les usines à touristes ont remplacé sur nos côtes les usines à sardines. Comme il y avait l'industrie de la conserve, il y a l'industrie du tourisme, même si les lieux ou on l'exploite ne s'appellent plus usines, mais hôtels ou terrains de camping. On y entasse le touriste aussi serré parfois que le sont, dans leurs boites de fer blanc, les petits poissons argentés.

Autre analogie, l'huile. Comme le touriste, la sardine se pêche par beau temps, d'où la phrase célèbre d'un connaisseur : "La mer est d'huile, beau temps pour la sardine". D'olive pour la sardine, solaire pour le touriste, l'huile est indispensable aux deux pour une bonne conservation des épidermes.

L'usine à touriste comme l'usine à sardine se doit d'avoir vue sur le port. La sardine parce que, fraîche, elle ne voyage pas, le touriste parce qu'il voyage justement, et qu’après sa longue migration vers la mer il n'est plus très frais et qu'il aspire à le redevenir.

Comme le faisaient nos ancêtres, leurs descendants, reconvertis dans l'industrie du tourisme, scrutent le ciel a l'approche de la migration. Va-t-il faire beau ? Le touriste va-t-il venir ? Va-t-il rester ? Va-t-il bien dépenser son bel argent ?

Jadis, pour faire venir le poisson d'argent, on l’appâtait avec des œufs de morue mêlés de farine d'arachide. On use des mêmes méthodes avec le touriste mais les prospectus publicitaires et les spots à la télé ont remplaçé cette bouillie odorante. Et, quand ils sont là, pour les retenir, on décore les façades avec des filets de... sardine.

Jean Failler

 

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