Gwenn-Aël Bolloré
Crusoé by isle N°2, III/94

L'été, le soleil l'écrase de chaleur et la mer se couche à ses pieds. A l'automne, elle se nimbe de brume et s'exhausse au-dessus des flots. L'hiver est le règne des vents et des tempêtes ; les embruns voltigent au-dessus d'elle d'ouest en est.

Mais, au printemps, les beaux jours reviennent, les fleurs s'épanouissent, la mer s'assagit bien qu'elle chante encore, c'est le temps des sortilèges

(Célébration de la Bernique. Voiles – Gallimard)

Ainsi est l'Archipel de Glénan, tel un collier de perles fines, suspendu pour la fin des temps au cou de la Bretagne.

Drenec, Penfret, Quignénec, Castel Braz, Guiriden, etc., y tiennent leur place, mais la plus belle, la plus grande, la plus sauvage, situé au Sud avec son étang et sa groac'h est sans conteste l’Ile du Loc'h. Au Nord, jouant le rôle fermoir, est St Nicolas. C'est le plus faible maillon de la chaîne car l'homme s'y est implanté. C'est donc l’île de tous les risques. Elle est la seule où une cale permet aux vedettes d'accoster et de vomir d'innombrables touristes et même le cas échéant des engins motorisés : le ver est le fruit de la mer.

On m'a certifié, qu'au mois d’Août dernier, on avait dénombré plus de deux mille touristes le même jour et cela pour une superficie de quelques 12 hectares !

De plus, depuis, la dernière guerre, des maisons au style et à l'implantation contestable ont été construites. Les transistors ne manquent pas et sans nul doute on verra bientôt vendre des frites, des pizzas et des coquillages venus tout droit de Floride. J'ai d'ailleurs remarque un gamin, sur l’embarcadère, proposer des galets qu'il avait ramassés quelques minutes auparavant sur la plage... et ses affaires semblaient bien marcher !

Alors les amoureux de la nature se sont émus mais semble-t-il sans grand résultat car si le camping a théoriquement été interdit, deux mille touristes, panier de provisions dans la saignée du coude, cela fait pas mal de détritus sans compter les effets secondaires des agapes.

Certes des Feuillées ont été dressées, mais outre leurs silhouettes inesthétiques, elles ne sont pas en nombre suffisant et puis il y a le piétinement de la dune qui massacre ce qui devrait être un sanctuaire.

J'en veux, pour exemple, "la saga du narcisse de Saint Nicolas".

"Cette fleur endémique vivait paisible, jusqu'au jour ou la presse annonce qu'elle était unique au monde, alors beaucoup voulurent en ramener un spécimen et l’espèce fut en voie de disparition. Pétri de bonne volonté et de bonnes intentions, il fut décidé d’enclore la pépinière. Mais bien l'abri des vents, la végétation se mit à pousser très dense, risquant d’étouffer les précieuses plantes à bulbe. Alors on mit des moutons qui paraît-il ne mangent pas les narcisses. C’était une bonne parade, mais l’été venu, les chiens des visiteurs non tenu en laisse, sautèrent la frêle barrière pour courser les ovins !

Que faire ? On leur donna pour compagnon un âne qui devait les protéger à coup de ruades".

Je ne sais pas quelle morale eut tirée de cette fable "le narcisse, le mouton, le chien et l’âne", Monsieur de La Fontaine, mais cela donne à réfléchir. Aujourd'hui quelques milliers de plantes prospèrent sur Saint Nicolas.

Par contre, notre poète aurait eu plus de mal, les hélicoptères n'existant pas en son temps, à parler de l'incursion d’une célèbre mission de télévision qui en toute bonne foi, j'en suis sûr, survolèrent la réserve de sternes de l'île aux moutons, pour filmer la nidification et demander aux gens de ne pas les importuner. Cette année-là, les oisillons ne survécurent pas.

"Excusez-moi, avait dit un jour Georges Clemenceau, au Parlement, je n'ai pas eu le temps de faire court".

"Excusez-moi aussi, j'avais beaucoup trop de choses dire".

Il faut protéger les Glénan. Les dunes reculent et à part les goélands, les oiseaux marins disparaissent, les fonds intertidaux sont devenus un désert écologique, il y aura bientôt plus de pêcheurs à pieds que de coquillages et la faune sous-marine est exsangue : la langouste a disparu et bientôt le homard relèvera des rêves.

Que faire ? Je ne sais pas. Mais l’enjeu est tel que cela mérite quelques séances de travail d’autant qu’il y a un large consensus sur le but recherché.

Le paradis terrestre a disparu. Nous en savons quelque chose. Œuvrons pour sauver ce petit paradis maritime qui a pour nom Glénan.

Demain il sera trop tard…

Gwenn-Aël Bolloré

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