Marie Quéméré, gardienne de phare par Adrien Bodéré
Cap Caval N° 21

De rochers en rochers, la vie exemplaire d'une vestale de la mer

Un héroïsme modeste, sans tambours ni trompettes, trempée au vent salé du large : tel apparaît l'existence de Marie Quéméré, née Le Gloanec, Penmarchaise, mère de famille nombreuse, gardienne de phare, au tout début du siècle, d'abord dans l'enfer de Tévennec, au large de la pointe du Van, le terrible phare qui rendait fou, puis sous les latitudes plus clémentes de l'île aux Moutons. Neveu de l'une des filles de Marie Quéméré, Adrien Bodéré fait revivre l'extraordinaire épopée au quotidien de la vaillante Bigoudène, en permanence animée par l'amour pour son mari, ses enfants et ses semblables, et une solide foi en la vie. Marie Quéméré n'a jamais laissé l'âpreté du quotidien lui endurcir le cœur : ce n'est pas le moindre défi qu'elle a su relever avec succès.

Issue d'une famille de cinq filles et un garçon, Marie Jacquette Le Gloanec naît à Penmarc'h le 8 janvier 1880. Ses parents y sont bouchers- charcutiers. L'origine des Le Gloanec nous fait cheminer de Pluguffan à Plomeur et Penmarc'h. Tous les anciens se rappellent de Jean-Louis, l'unique garçon de la famille qui prend la relève dans la charcuterie au côté de son épouse Marie-Jeanne Pichon issue d'une famille de charcutiers plonéouristes. Une vie réglée pour tous par le travail, et dès la nuit tombée par le faisceau du phare d'Eckmühl jetant un regard indiscret sur tout le Cap Caval. Dans ses attributions la petite Marie livre au grand phare à Saint-Pierre le ravitaillement hebdomadaire des familles de gardiens. A cette époque on mangeait exclusivement de la viande les dimanches et jours de pardon. Blonde aux yeux bleus, et au teint de porcelaine qu'elle gardera toute sa vie, elle est la coqueluche des riches prétendants de Penmarc'h. Un matin, au trot de son petit cheval, elle file vers son destin. Sur la route de Saint-Pierre elle rencontre un jeune homme fort avenant et beau garçon. De plus il est sérieux et pas buveur, mais cela elle le découvrira plus tard. Pourquoi le petit cheval s'arrêta-t-il ?

- "C'est vous qui livrez la viande au phare ?"

La conversation se poursuit et chacun de se découvrir tour à tour.

- "Moi je travaille au phare et je viens de me fiancer" lui déclare le jeune homme, et chacun de rejoindre son occupation.

Huit jours plus tard, le même jeune homme se précipite pour aider Marie à descendre de son char à bancs.

- "Vous savez je ne suis plus fiancé !" Un courant venait de passer entre les deux jeunes gens qui dès lors ne se quitteront plus. Un grand amour venait de naître.

Louis Quéméré, gardien de phare de 3ème classe était né le 7 juillet 1875 à Riec-sur-Belon, il était le fils de Guillaume-Hervé et de Marie-Anne Mahé. Son père venait d'Elliant où ses parents étaient fermiers. Nantis d'une nombreuse famille ils durent chercher ailleurs à s'employer. Son père exerça la fonction d'agent-voyer dans le canton de Pont-Aven. Louis tout d'abord exerça la pêche à Concarneau, logeant chez ses proches. Et le voici gardien de phare à Penmarc'h.

Premier contact avec le monde des gardiens de phare

L'union entre Marie et Louis fut bénie le 18 avril 1899 en l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Marie entre alors dans la famille des gardiens de phare. Un monde à part, un cercle fermé, avec ses solitudes, ses joies, ses peines, ses difficultés. Le lendemain de leur mariage, Marie rejoint Louis dans son logement de fonction. Petits bâtiments construits sur le demi-hectare, entouré d'un mur de clôture, où se dresse le phare d'Eckmühl à 62 mètres de haut. Escalader chaque jour les 272 marches de l'édifice est pour ses six gardiens et leur chef un vrai entraînement physique. Dans ce champ clos la jalousie du chef de poste devant le bonheur des jeunes mariés est manifeste. Pour le jeune couple à la recherche de solitude cela n'est guère l'idéal. Marie ne s'en laisse pas conter : "cherchons ailleurs. " Plusieurs concours de circonstances vont les y aider. L'administration des phares et balises recherche des remplaçants pour le phare de Tévennec et décide de substituer aux gardiens en équipe un couple marié. Louis ne reste pas inactif.

Quelques mois après, l'affaire est réglée. En décembre 1900, ils rejoignent Tévennec avec leur fils Louis (né le 10 mars 1900 à Penmarc'h).

- "J'irai où tu iras, mais j'aimerai être seule avec toi et la mer. "

Tévennec est un phare sur un rocher à mi-distance entre Sein et la pointe du Raz, mais plus au nord. Roche que les Sénans appellent au confluent du Raz de Sein et de l'Iroise, "Tavenok" (petite falaise). Le phare fut allumé pour la première fois en 1875. Le premier gardien, Henri Guézennec, y perdit la raison, il entendait des voix lui répéter "kerz kuit, kerz kuit" (va-t'en, va-t'en).

De 1878 à 1885, Alain Menou, tient le coup sept ans, puis lui aussi sombre dans la démence. En 1893, A. Kerliviau meurt près de son compagnon Corentin Coquet. Plus tard un autre gardien se sectionne l'artère fémorale et meurt vidé de son sang. Son successeur apprend le jour de la relève la mort de ses trois enfants. Milliner meurt dans les bras de son épouse, en attendant la relève elle le conserve dans le sel, elle dut bien sûr, seule, assurer le fonctionnement du feu.

Déjà lors de sa construction qui dure 5 ans de 1869 à 1874, aucun ouvrier ne voulait se risquer seul sur ce rocher, les morts y tenant assemblée selon la légende. Chassés de leur refuge, les oiseaux de mer mécontents d'être spoliés de leur aire de repos et de nidification le manifestaient en survolant sans cesse les travailleurs. Et que dire du bal des maudits dans le silence de la nuit. Selon la hauteur de la marée, la violence de vents, les flots s'engouffrant dans les grottes créent une telle intensité sonore qu'on croit subir un bombardement. Les vibrations de la roche font ouvrir et fermer les portes de l'habitation. Tévennec s'élève à 14 m 85 au dessus de la plate-forme et son foyer à 28 m au dessus du niveau de la plus haute mer. Construction d'une grande simplicité, une partie des maçonneries a été exécutée en moellon pris sur le rocher. La maison d'habitation est accolée au phare carré (8 m 80 sur 7 m 30), une cuisine, deux "cabinets", un grenier, tel est le nid d'amour de Louis et Marie. La porte d'entrée est à l'est, l'orientation la moins soumise aux intempéries. Une plate-forme de quatre mètres sur deux existe à l'arrière, entourée au nord et à l'ouest d'un mur de trois mètres de haut, au sud et à l'est c'est un parapet de 50 cm taillé dans le roc, relié à un escalier conduisant au point de débarquement.

A Tévennec, la vie s'organise

On s'installe dans une routine méticuleusement organisée, Marie y est partie prenante, elle y apprend son métier de gardienne de phare, personne n'est à l'abri d'une indisposition, le feu doit s'allumer et s'éteindre à l'heure prescrite. La famille s'agrandit de trois nouvelles têtes, Charles en 1901 à Penmarc'h, Alexia en 1903 à l'île de Sein, Marie en 1905 à Penmarc'h. Elle deviendra ma tante. Après ses accouchements Marie se dépêche de rentrer avec les nouveaux enfants sur son rocher et ceci à l'aide du va et vient. La famille Quéméré y vit là pendant près de cinq ans, ravitaillée tous les quinze jours quand le temps le permet. Aussi, bien souvent, le pain était déjà rassis à sa livraison, parfois détrempé par les embruns avant de parvenir sur la plate-forme. Il devenait alors immangeable. Il fallait se contenter de biscuits.

Pour les enfants, leur temps se déroule au rez-de-chaussée et aux beaux jours sur la terrasse. Marie étant au berceau elle ne passera que quatre mois à Tévennec. Mais ces jeux sur la terrasse aux dimensions restreintes n'étaient pas sans danger, des lames la balayaient parfois.

La mer est traîtresse. Certains hivers, lors des tempêtes, le phare était coiffé par les embruns. "L'hiver 1903 reste toujours dans ma mémoire" disait Marie. "Nous ne pûmes être ravitaillés que deux fois en soixante jours. Ce n'était qu'assauts incessants des vagues, tout était nimbé d'écumes, s'infiltrant partout, rendant l'eau de la citerne saumâtre. Nous fûmes à la veille de manquer totalement de vivres. Un jour il nous fallut récupérer dans les rochers des biscuits véreux que nous avions jetés quelques semaines auparavant, une bouillie salée en somme, qui nous servit de nourriture pendant plusieurs jours. "

Et que dire de la détresse des navires passant à proximité qui nous semblaient des coques de noix ballottées par ces furies dans ce chaudron de sorcière. Plus d'une fois il nous fallut hisser le pavillon noir pour signaler les navires en détresse, mais jamais nous n'assistâmes, Dieu merci, à un naufrage. "Je priais", disait Marie, "pour tous ces pauvres gens et leur famille. Pendant les beaux jours, le défilé des voiliers embarquant le raz de Sein dans un sens ou dans un autre, rendait le spectacle magnifique. Louis pouvait alors filer ses lignes à l'eau avant ses heures de repos, le poisson frais faisait la joie de tous et on pouvait en saler pour prévoir les jours de disette. " Ils tentèrent de faire pousser des pommes de terre dans la cendre récupérée de la cuisinière. Quoique plantées dans un creux de rochers bien ensoleillé, ce fut en pure perte, elles pourrirent.

Les enfants grandissant il était plus difficile de les surveiller car leur esprit d'indépendance s'affirmant ils se risquaient, malgré un strict interdit, sur la roche. En raison des dangers Louis demanda à sa direction un nouveau poste avant que ne survienne l'irréparable. Une autre page s'ouvrait pour le couple mais Marie nous a confié bien des fois : "A Tévennec ce furent peut-être les plus belles années de notre vie". Ces cinq années de présence se déroulèrent sans incident, mais après le départ de la famille Quéméré la série funeste va reprendre.

Elle commença par la famille Roparz qui les remplaça, le père de Madame Roparz, venu leur rendre visite, fut emporté par une lame de fond et disparut à jamais. Madame Roparz, qui attendait un enfant, tomba malade durant une tempête, son mari aida à l'accouchement mais l'enfant mourut. En 1910, le toit de l'habitation fut emporté par la tempête. Lassés de tous ces drames, les autorités responsables décident d'automatiser ce phare, ce fut fait le 7 février 1910.

L'île aux Moutons

En juin 1905 Louis est désigné pour l'île aux Moutons (Moëlez en breton ; Moëlez pourrait venir du terme Moal Enez : l'îIe chauve, tout comme Moléne, l'autre île du Ponant) dans l'archipel des Glénan. D'un simple caillou à un îlot de presque 6 hectares, ce fut pour tous l'Eden. Au centre, une tour carrée de 18 mètres accolée d'une habitation spacieuse. L'île est bien protégée de la houle d'Ouest et Sud-Ouest par une multitude de rochers responsables d'une hécatombe de naufrages. Le plateau de Trévarez à l'ouest de l'île est appelé le cimetière des thoniers. Les bateaux faisant route sur Concarneau avaient tendance à caresser l'île de trop près.

Le bâtiment est posé sur cave. Au rez-de-chaussée la chambre de l'ingénieur, sa salle à manger. Pour les gardiens une grande cuisine, une arrière-cuisine, un local remise où l'on gardait le lait au frais et la crème pour baratter. En haut trois chambres. On y accède, en chaussons uniquement. Un phare, en général, c'est un miroir de bas en haut. A l'extérieur, une citerne et un local isolé pour la réserve de pétrole.

Et que dire des possibilités offertes par l'île ? Pierre et Marie décident l'achat d'une vache, puis plus tard de deux autres. Du lait il en faut pour tout ce petit monde qui va augmenter avec les années. Le jardin potager clos de murs permet la culture des légumes, et même des fleurs. Les moutons, les canards, les oies et poules s'égaillent sur l'île. Les lapins sont au clapier.

Louis fait l'acquisition d'un canot : le "Moelez", puis d'un second : "Le Goéland". Il se livre à la pêche à l'aide de lignes, filets et casiers et l'on sait que les nombreuses roches autour de l'île sont prolifiques en homards et crabes. On ne manque pas de poisson frais, ni de crustacés : crevettes, coquillages ; un autre monde que Tévennec ! Marie pendant dix-sept ans achète d'autre part des crustacés aux marins pour le compte de la maison Richard, mareyeur à Lesconil. Les crustacés sont entreposés dans de grands viviers flottants, mouillés sous l'île. Ils furent achetés plus tard par la maison Le Corre, mareyeur au Guilvinec, et transférés à Saint- Nicolas où son gendre Pierre Bodéré prit le relais.

Sept autres enfants agrandissent la famille. Seul vrai insulaire, Jean naquit le 21 juin 1906 à 18 h. La grand-mère Quéméré née Mahé vint de Riec-sur-Belon auprès de sa belle-fille pour remplir les fonctions de sage-femme. Puis naissent Raymond en 1908, Hervé en 1909, Guillaume en 1911, Suzanne en 1914, Lucienne en 1917, tous à Penmarc'h dans la famille de Marie, le dernier Pierre vint au monde en 1921 au Guilvinec. L'accouchement terminé on se dépêche de rentrer chez soi.

A Tévennec comme à l'île aux Moutons, fort heureusement les enfants se sont tous portés à merveille. Avec son élixir du Pérou (une vieille recette) Marie soignait tout et tout le monde. Si à Tévennec le ravitaillement était assuré tous les quinze jours (temps permettant), aux Moutons il s'effectue toutes les semaines par un particulier sous contrat avec les Ponts et Chaussées. Constamment en butte à l'État (mauvais payeur), son service s'en ressent. Il fallut plusieurs fois vivre sur ces réserves mais ici elles pouvaient être plus variées qu'à Tévennec. La guerre 14/18 n'arrange rien et la "Marie- Jeanne" qui fait deux livraisons hebdomadaires à Penfret pour la garnison oublie parfois de livrer les Quéméré et leur nombreuse famille. Le pain est parfois dur comme les pierres de l'île quand il arrive.

Marie Quéméré titularisée gardienne de phare

Ayant acquis de l'expérience sur le tas, Marie fut agréée officiellement comme gardienne de phare auxiliaire. Le couple ne reçut jamais d'observations dans l'exercice de ses fonctions au cours des inspections trimestrielles par des conducteurs des Ponts et Chaussées. Il est vrai qu'à Tévennec dans leur solitude Marie eut largement le temps de se parfaire à toutes les ficelles du métier. En 1927, elle reçoit la Médaille de la famille française, en 1928, le prix Montyon, de l'Institut de France, (sciences morales), en 1956, la médaille du Mérite Civique ; décoration également attribuée à d'autres personnalités connues telles que : Blériot, Maryse Bastié, Charcot, Maurice Donnay, Sadi-Lecainte. Mais le 22 avril elle ne se rend pas à la Sorbonne pour recevoir sa décoration ; une place d'honneur lui était cependant réservée.

Trente trois années passées dans les phares avec en plus le mérite d'avoir élevé une famille de onze enfants ; une vie bien remplie aussi au service des naufragés atterrissant sur l'île et ceux que Louis dans son petit canot pouvait ramener. Et Dieu sait que dans ces parages il y en eut des naufrages. De Douarnenez à Gavres, il y avait dans ce temps là des milliers d'embarcations qui sillonnaient les eaux, sardiniers, maquereautiers, ligneurs, crabiers. Ma tante Marie disait : "on aurait pu aller des Moutons à Penfret à pieds secs de bateaux en bateaux. " Une nuit, entre autres, Louis se porte au devant d'appels désespérés dans les parages de l'île. Il ramène à terre un homme tenant dans ses bras un corps d'enfant inanimé. Louis et Marie les ramènent au phare. On étend l'enfant sur la table, dans son instinct de femme et de mère, Marie sent que la mort n'a peut-être pas encore gagné. Elle commence à le frictionner. Le père réconforté par un rhum bien tassé vient à son aide. Louis a poussé le foyer. Après des heures d'efforts une légère rougeur vient aux joues de l'enfant. C'est dans les larmes que s'achève la Rédemption. Tant qu'on n'a pas tout tenté on n'a rien fait. Joseph Beven revient à la vie, il n'a pas oublié Marie, je l'ai connu. Comme le dit Louis Le Cunff dans le livre "Feux de mer" : "Parlez donc des Quéméré aux vieux marins de Concarneau, ils vous diront comme ils me l'ont dit, "des braves gens comme ça il n'y en eut pas beaucoup dans ce bas monde".

Retour à terre

Il fallait penser aussi à la retraite, à avoir un chez soi pour se replier quand sonnerait l'heure. Ils achètent au bourg de Penmarc'h une grande maison attenant à la poste, que certaines personnes du bourg appellent encore la maison Quéméré.

Pour les enfants ayant l'âge d'être scolarisés c'est le départ pour le continent. Une école fut bien créée pour l'archipel, mais l'inspecteur d'Académie de Quimper sachant qu'aucun instituteur ne s'exilerait aux îles nomme à ce poste le chef gardien du phare de Penfret et le chef de poste du sémaphore comme instituteurs rétribués. Idée généreuse mais utopique qui ne dura pas. En réalité dès que les enfants étaient aptes à se prendre en charge eux-mêmes on cherchait dans sa parenté des bonnes âmes pour les scolariser. Ce fut le lot des enfants Quéméré. Les plus petits restèrent auprès de leurs parents et devinrent pensionnaires pour ne pas dire emprisonnés dans les internats de Pont-l'Abbé, Loctudy, ou Concarneau. Tous les motifs étaient valables pour tenter de rejoindre Moëlez à chaque occasion.

Comme dans toutes les îles de l'archipel, les rats pullulaient, s'attaquant aux lapins et à la volaille. Pour y remédier les "garçons" capturèrent quelques rats qu'ils. grillèrent et traînèrent à travers l'île jusqu'à l'île aux rats, suivis par la cohorte des vivants qui s'y installèrent. Les garçons connaissaient bien les creux de roches, dans l'un d'eux proche du rivage un homard s'y était installé. N'ayant d'eau que le temps d'une demi-marée, une mue l'y coinça. Pour ne pas le laisser dépérir les enfants le nourrissaient.

Puis vint l'envol du nid des jeunes gens. Louis devient gardien de phare comme son père. Charles entra dans la Marine Nationale comme guetteur. Alexia se marie à Jean-Louis Guénolé, limonadier, charbonnier, à Penmarc'h. Marie épouse le 11 avril 1926 Pierre Bodéré, marin-pêcheur de Treffiagat. Ils s'installent à Saint- Nicolas aux Glénan la même année. Jean s'engage dans la Marine Nationale qu'il quitte comme premier- maître pour l'aviation civile en A.O.F. Raymond apprit son métier de tailleur à Paris et à Quimper puis s'installa à Saint-Guénolé. Henri, dès l'âge de 14/15 ans, devint apprenti charcutier chez son oncle Jean-Louis Guénolé, puis s'installa à son compte à Lesconil. Guillaume qui effectua son service militaire en Tunisie y contracta un mal qui devait l'emporter bien des années plus tard le 15 avril 1948 à l'âge de 37 ans. Suzanne se marie à Brest à un ouvrier de l'Arsenal. Lucienne se marie à un marin de l'État qu'elle connut à l'École des Mousses installée à Loctudy. Pierre s'engage dans la Marine Nationale, il périt à l'âge de 20 ans dans le sous-marin "Sidi Ferruch" en 1942, coulé par un croiseur américain.

Les époux Quéméré demeurent 26 ans à l'île aux Moutons. Louis, atteint d'une longue et douloureuse maladie, décéda le 29 août 1931, chez eux, à Penmarc'h à l'âge de 56 ans, en pleine activité, neuf ans avant l'âge de la retraite.

Ayant vendu leur maison de Penmarc'h à leur fille Alexia, ils se firent construire une maison à Loctudy, "Le Clos". Marie gagne seule cette grande maison destinée à recevoir enfants et petits-enfants. Trois des enfants de sa fille Marie y naissent.

Marie y vit avec ses souvenirs, ses allées et venues entre Loctudy et Penmarc'h. A ce propos, mon épouse adolescente, quand elle rentrait après la classe le soir sur Guilvinec et qu'elle apercevait cette jolie vieille dame dans le train "Birinik", s'installait devant elle pour admirer ses beaux cheveux blancs, ses yeux bleus, son teint de porcelaine. Son si joli sourire la fascinait. Personnellement j'ai souvent fréquenté le "Clos" à Loctudy. Huguette, ma filleule y étant née.

Marie loua une partie de sa maison pour s'y trouver moins seule. En juin 1956, son petit-fils Pierre Bodéré, fut le dernier de la famille à la voir vivante. Elle qui monta tant de marches, chuta lourdement, alors que, grimpée sur son fourneau, elle voulait remonter sa pendule. Sa tête porta contre le fourneau, sa locataire la trouva à terre inanimée. Malgré les soins donnés elle décédera quelques heures plus tard, le 21 juin 1956.

Après ses obsèques en la si belle église de Loctudy, elle fut inhumée auprès de son mari au cimetière de Penmarc'h, réunis pour l'éternité comme ils l'ont été dans leur vie de couple. Gardiens du feu, vestale de la mer, le faisceau du phare d'Eckmühl, la nuit, balaie leur tombe. Au loin on entend la mer.

Adrien BODÉRÉ

Remerciements :

A ma tante Marie Bodéré née Quéméré, à son frère Jean Quéméré, à mon oncle Achille Bodéré, à mes cousins Pierrot et Jeannine Bodéré, Marie-Claude et Roland Autret. A Pierre Gloanec, à Marie-Thérèse Bargain née Guénolé, à Lili Hélias, à Henri Loussouarn, à Michel Le ROY- A Louis Le Cunff auteur de "Sein, l'île des Trépassés" et "Feux de mer", ami de Marie Quéméré, à Michel Guéguen et Louis Le Maître, auteurs du "Cercle de la Mer".

 

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